Voici venir le temps des barbouilleurs de vitrine, qui peignent en doudoune des scènes d'hiver, des souhaits de noel, des bonshommes en rouge.
Le soir à l'heure de la bière, il fait noir dehors. La lumière dans le verre est la plus intense et la plus douce que l'on puisse trouver tout autour. On attend le Père Noël.
Un sociologue explique que la méritocratie, dans une société compétitive, inégalitaire, où l'école et ses diplômes sont très discriminants, accroît les inégalités. Et en plus génère la violence, l'angoisse et un bonheur médiocre. Comme en ce moment Antonin est dans la course des prépas, ce genre d'article me touche profondément, et je sais bien qu'il est exact, malgré son aspect paradoxal. L'enfer est pavé de bonnes intentions.
Je l'ai vue dans Le Monde, une photo de Berlusconi à je ne sais quel procès, où je lui trouvait une posture et une moue mussolinienne. Cela n'a rien d'excessif. Si en 1924, sur la fiche d'Hitler des services de renseignements français on pouvait lire "le Mussolini allemand", ensuite le bon élève germanique a bien dépassé l'inspirateur italien; du coup on mélange. On pense que fasciste ça veut dire nazi. Mais non. Ils sont partis des mêmes prémices mais mais ne sont pas arrivés aux mêmes horreurs. Le tableau de chasse du fascisme comporte quelques assassinats ciblés, pas mal de bastonnades, plus de rélégations que d'emprisonnements, et aucun massacre de masse. Il s'est même mieux tenu de Franco, mieux que Pavelic et Antonescu. Il dirigeait un état autoritaire, nationaliste, antiparlementariste, antisocialiste, populiste et très personnalisé. Cette moue théatrale où Berlusconi semble mépriser des papiers, dans l'enceinte d'un tribunal, est une pose mussolinienne. On peut, facilement, détecter ici et là des postures politiques qui furent inventées par Mussolini. Cherchez. Vous brûlez. C'est pas loin.
Je me suis gouré de bic en en achetant un sac. On en fait maintenant des gros, avec une grosse mine, qui laissent une grosse trace grasse bien noire. Si on insiste, ça bave. Alors il faut faire un seul trait. C'est agaçant mais pas si mal.
Je suis allé au café de la Mairie corriger un peu. Derrière, le match de rugby avait lieu sur grand écran. Deux copies, un essai, deux copies, un portrait. Faut bien ça. Je corrigeais des exercices sur le brassage chromosomique et les croisement entre Drosophiles. Il est beaucoup question de Drosophiles qui se croisent en ce moment en cours. Je pinaille sur les détails, insiste sur les méthodes. Je suis, finalement, professeur d'enculage de mouches.
Je lui ai fait le portrait avant que je ne l'épluche. C'est sans doute un peu cruel. Le rutabaga revient, l'hiver vient, je me souviens n'en avoir jamais vu pendant toute mon enfance, pas plus que de topinambours. On disait à l'époque que "pendant la guerre", on mangeait "des rutabagas et topinambours". Je ne voyais pas ce que c'était, mais avec des noms pareils, je me doutais bien qu'il fallait de grave crise pour en manger. Mais je me demandais aussi où passaient blé et pommes de terre pendant la guerre. Pourquoi les arrachait-on à l'annonce du début de la guerre, pour planter ces légumes à l'onomastique mutantes, dont je ne me représentait même pas l'aspect ? Ils reviennent depuis quelques années sur les marchés. Ils sont plutôt bons. Je n'ai pas entendu la déclaration de guerre.
A propos de catastrophes qui poussent à manger des choses étranges, j'ai vu 2012. Ce fut un belle chorégraphie d'immeubles et de failles, avec le deus ex machina le plus gonflé de l'histoire du cinéma : au moment où les héros manquent de carburant et vont amerir dans le Pacifique, et bien finalement l'Asie a dérivé de 2000 km, et ils aterrissent pas loin de leur destination...chapeau, Emmerich !
Et puis il y a un beau moment d'humanisme...le héros positif se dispute avec le chef pour que l'on prenne tout le monde dans l'arche. Alors finalement on prend tout le monde. Ne meurent que le pilote russe (pour faire un gag de bord de falaise), le milliardaire russe, qui n'a pas été gentil, sa pétasse qui s'est fait refaire les seins, et le beau-père, le nouveau de l'héroïne, qui gène pour la reconstitution du couple parental. Du balai ! Et puis en sortant, Constantin me fait remarque que ceux que l'on a finalement pris dans l'arche, après avoir hésité, ce sont ceux qui avaient payé leur billet...un milliard d'euros....donc de la racaille milliardaire. Ceux qui n'avaient pas les sous : coulés. Et puis on a pris aussi les ouvrier chinois qui se trouvaient là. Bon, je sais, c'est un film. Mais il y a toujours des choses idéologiques qui se disent, même dans les scénarios de films d'action. Ici, à la fin, dans les arches qui ont sauvé une infime partie de l'humanité pour repeupler la Terre, on trouve : des chefs d'Etat, des scientifiques, des militaires américains, des milliardaires, et des ouvriers chinois. De quoi refaire en effet le monde tel qu'il est. A l'identique.
Hasard de l'actualité, c'est l'anniversaire de Kalachnikov. Il porte bien ses 90 ans, il va toujours travailler, il dit que c'est indispensable à son équilibre, il vit à Ijevsk, capitale de l'Oudmourtie, lieu que personne connait, mais tout le monde connait son nom, même si on ne sait pas que c'est quelqu'un. Allez, bon anniversaire, Mikhail. Comme tu le dis toi-même, tu n'y es pour rien.